Élections Présidentielles Américaines 2016 Politique

Donald, Donald, n’a-t-on rien vu venir?

C’est désormais une certitude: le milliardaire républicain Donald Trump sera le 45ème président des Etats-Unis. Les marchés sont secoués, les Européens aussi, qui n’en croient pas leurs yeux. Aux USA, où 346 sondages sur 376 donnaient Hillary Clinton gagnante, il s’agit d’une surprise, certes, mais seulement d’une demi-surprise vu la mauvaise image des deux candidats, et pas seulement du milliardaire magnat de l’immobilier. L’occasion pour nous de nous demander si, malgré la surmédiatisation de l’événement, l’opinion publique européenne a bien été informée de toutes les facettes de cette élection présidentielle américaine.

Caricature de Plantu suite à l'annonce de la victoire de Donald Trump
Caricature de Plantu suite à l’annonce de la victoire de Donald Trump © Plantu

En effet, nous, Européens, tombons des nues à l’annonce de la victoire d’un homme qui nous fut présenté comme incapable d’exercer la fonction présidentielle. Face à lui se dressait Hillary Clinton, une femme dont nous ne doutions pas de la capacité à diriger son pays. Pendant ce temps, le peuple américain, lui, considérait les deux candidats comme les pires de l’histoire. A égalité, donc, ou presque. Autrement dit, Hillary Clinton était manifestement coupée d’une partie de son peuple, et ce divorce ne pouvait pas s’expliquer uniquement par la froideur attribuée par les médias européens à la candidate démocrate. Où le bât blessait-il? Nous ne le saurons jamais, ou plutôt si, les journalistes « du lendemain » nous l’expliqueront maintenant comme s’il s’agissait d’une évidence. Le lecteur/téléspectateur/auditeur, lui, se dira qu’il a passé de nombreuses heures à subir une information omniprésente mais pourtant tout sauf complète pendant la campagne.

Pourquoi se focaliser exclusivement sur les propos outranciers de Donald Trump plutôt que de s’intéresser à certaines de ses propositions susceptibles de séduire une grande partie de l’électorat? Comment se fait-il que les inquiétudes exprimées par l’Amérique profonde n’aient pas été analysées plus en profondeur chez nous? Pourquoi n’apprend-on qu’aujourd’hui qu’Hillary Clinton n’a pas mis le pied dans le Wisconsin depuis son investiture, considérant sans doute cet état comme acquis à la cause démocrate? Aucun analyste n’aurait-il pu identifier cette impasse comme une erreur risquant de coûter cher au camp démocrate? Pourquoi ne s’être rappelé que la veille du scrutin qu’il n’y en avait pas qu’un mais (au moins) deux et ne pas avoir expliqué que ces différents votes pouvaient s’influencer mutuellement? Si les sondages donnaient les républicains vainqueurs aux législatives, cela ne laissait-il pas craindre un meilleur résultat qu’escompté pour Trump? Pourquoi ne pas avoir insisté plus sur le bilan d’Obama vu des États-Unis et non d’Europe, où il est jugé globalement positif? Pourquoi son implication dans la campagne démocrate a-t-elle été présentée comme forcément positive pour la candidate de son camp? N’était-il pas possible qu’elle produise l’effet inverse aux yeux des déçus des années Obama? Autant de questions que se poseront, du moins l’espérons-nous, les journalistes amenés à couvrir les prochaines élections. Les Européens pourraient ainsi enfin prendre mieux la mesure de ce qui se trame vraiment en Amérique à l’approche de la présidentielle, au lieu de se voir proposer, élection après élection, une image faussement fouillée mais somme toute assez superficielle de cet événement majeur.

Je m'essaie au rôle de rédacteur en chef mais je me préfère en journaliste en herbe. J'aime jouer au patron mais j'fais 1m10. Donc, comme ça l'fait pas, je ne suis pas le patron. J'essaie même d'être gentil. J'voudrais être journaliste mais c'est pas gagné.

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